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Oui, vous avez bien lu le titre, c’est un exposé qui risque d’être un peu chiant. Mais je suis un peu agacé.

A la base, il y a la petite molécule de CO2. Bien que certains bas du cerveau avec un chapeau texan n’aient pas encore vraiment percuté, cette petite molécule, avec quelques copines (qui sont émises dans l’atmosphère en moindre quantité, mais peuvent avoir un effet 20 à 10000 fois supérieur au CO2), est responsable du réchauffement climatique. La mer qui monte, les tornades, la canicule, tout ça. Entendons-nous bien : un peu comme les nitrates dans l’eau, il y a forcément du CO2 dans l’air. Le tout, c’est que l’homme n’en rajoute pas excessivement. Hors le CO2 est produit dès qu’on brûle un peu de carburant, c'est-à-dire dès que vous prenez votre 4x4 pour aller chercher une baguette de pain, que vous branchez votre clim parce qu’il fait 23°C, et parce que vous achetez plein de trucs indispensables (genre frigo américain, télé plasma méga giga grand écran pour voir le ballon en plus grand etc.) qui sont produits par l’industrie, ce pour quoi elle consomme tout plein de combustible, plus ou moins émetteurs de CO2 au bout du compte.

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Les 3 principales sources humaines de CO2 sont donc le transport, l’habitat, et l’industrie. Vu que dans le 3e cas, les émissions de CO2 sont directement liées à la consommation d’énergie et vu le prix de l’énergie justement, l’industrie n’a pas eu trop de mal ces dernières années à baisser ses émissions. Par contre, dire au routier d’arrêter de rouler, au français moyen d’arrêter de prendre sa bagnole, et au même français moyen de faire un effort pour investir dans du double vitrage, c’est politiquement risqué. Nos politiciens l’ont bien compris qui ne s’y sont pas risqué. L’habitat et le transport ont donc, eux, explosé tous les records.

Bref. Revenons à notre petit CO2. Au contraire de beaucoup de polluants, ce n’est pas un poison. Comprenons nous bien : si vous vous trouvez dans une pièce où vous ne respirez que du CO2, vous êtes mal. Mais ce n’est pas l’excès de CO2 qui vous tuerait, mais le manque d’oxygène. Nous ne sommes donc pas face à du cyanure ou de méchantes dioxines, qui, même en quantités ridicules, risquent de provoquer des cancers et de donner un drôle de goût au lait à l'endroit où elles sont émises dans l'environnement. D’où la conséquence assez pratique, à propos de notre CO2 : si vous réussissez à réduire les émissions ici où là, le lieu n’a pas d’importance, ce qui compte c’est qu’il y ait moins de gaz à effet de serre globalement dans l’atmosphère.

Des économistes ont donc construit un joli joujou, le « marché de droits à polluer ». Pour éviter de parler comme les journalistes, on parlera plutôt de quota ou de droit à émettre. La théorie est donc que, pour réduire les émissions de CO2, il faut investir dans des équipements plus efficaces énergétiquement, moins consommateurs de combustible ou carburant, qui utilisent des combustibles plus propres (genre gaz naturel au lieu du charbon…). Hors, l’effort est plus ou moins coûteux pour les uns et les autres. Pour certains, cela coûtera très cher de remplacer une vieille installation pourrie, pour d’autres, il ne coûtera pas grand’chose d’installer une nouvelle chaudière ou de passer au gaz naturel. Nos économistes ont donc pensé qu’en attribuant une enveloppe globale à l’ensemble des industriels (par exemple), avec des quotas pour chacun, certains pourront faire facilement les actions pour réduire leurs émissions et pourront du coup revendre leurs droits d’émettre aux autres pour qui il est plus difficile de réduire leurs émissions. Puisque globalement l’enveloppe de quota a été fixée, on restera dans l’objectif que l’on se sera fixé.

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Plus concrètement, pour certains, il en coûtera 5 euros par tonne de CO2 de réduire leurs émissions, alors que pour d’autres ça leur coûtera 15 euros par tonne. Donc si le droit d’émettre se négocie à 10 euros on a tout gagné : pour le premier, il gagne des sous en revendant son quota et en réduisant ses émissions, et pour le deuxième, ça lui coûte moins cher que de faire ses coûteux travaux, et comme il peut acheter un quota dans l’enveloppe globale, on est sûr qu’au total il y a moins d’émissions : c’est de l’optimisation économique. C’est quand même plus équitable que de taxer indifféremment tous les sites industriels pour les forcer à réduire leurs émissions d’un même pourcentage, alors qu’ils ne sont pas égaux devant ce que ça va leur coûter…


Bien, c’est bien beau tout ça. Tellement beau d’ailleurs, que l’Union Européenne en a tiré une directive qui s’applique depuis 2005 à plein de sites industriels, charge aux Pays Membres de répartir les quotas à chacun « comme il faut ». Mais c’est là que le beau joujou se gâte.

Ben oui, pour qu’il serve à quelque chose, il y a deux pré-requis indispensables :

1) il faut que le total des quotas corresponde effectivement à quelque chose, et de préférence à un objectif qui constitue une réduction des émissions (c’est quand même l’objectif du bouzin)

2) il le faut d’autant plus que la quantité de quotas doit être suffisamment contraignante, sans l'être trop, pour que les échanges entre industriels de droits à émettre aient lieu. S’il y a trop de quotas (par exemple parce qu’un gouvernement libéral, indifférent et déliquescent se refuserait à faire peser « un poids insupportable à l’industrie »), tout le monde a ce qui lui faut, donc plus personne n’a besoin d’acheter, donc les prix se cassent la gueule, et le système se plante. Et s'il y a pas assez de quotas, tout le monde veut en acheter, les prix explosent, ça coûte moins cher d'investir dans des actions même coûteuses, et donc notre système d'échange de quotas ne sert à rien, si ce n'est à contraindre l'industriel, ce que l'on peut faire sans avoir à inventer une usine à gaz (hahaha).

Bien, et la réalité dans tout ça ?

Eh ben elle est là.

Bonne journée.

PS : merci à mon homme pour sa contribution