Libé est tout fierrot d'avoir sorti le scoop de ce mariage annulé pour cause de mensonge sur la virginité de l'épousée.

Depuis, ça me turlupine un peu tout de même. En même temps je n'osais pa trop penser ce que je pensais, à première vue ce que faisait ce type (le marié) me semblait tellement répugnant, tout le monde étant d'accord, que je me disais que non, j'avais pas bien compris. Et comme en plus Rachida était la seule approuver la décision de justice, j'ai mis un petit mouchoir sur le petit turlupin.

Et puis j'en ai touché un mot à mon homme et lui aussi avait le même doute. Ca m'a rassuré. Alors voilà où j'en suis de mes réflexions, vous me direz, hein.

Je vois 3 alternatives :

  • la plus optimiste, où l'épousée a accepté le mariage dans les conditions qui nous sont expliquées, de son plein gré (c'est l'hypothèse idéaliste, hein, j'ai bien conscience qu'il y a une probabilité assez forte pour que l'épousée  vive dans un milieu où elle subit une pression hallucinante pour se conformer à sa religion, et que même si elle est d'accord, ça pourrait bien  être à l'insu de son plein gré):  dans ce cas, si la virginité était un terme du contrat connu et accepté des deux, la justice n'a pas à s'immiscer et porter un jugement sur la sphère privée qui définit ce contrat et  les valeurs auxquelles les deux sont libres de croire pour les forcer à s'aligner sur de "bons" (sic) principes. Ce serait une vision de la laïcité qui ne vaudrait mieux que l'extrémisme religieux qu'il est censé combattre.

  • La deuxième, un peu moins idéaliste, où la mariée subit une pression culturelle et familiale telle qu'elle a dû jouer ce jeu dégradant pour elle ; dans ce cas, ce n'est pas à coup d'articles assénés sur le ton du "voilà le Bien, et la vérité révélée" écrit pendant 2 jours en se délectant du scoop avant de passer le troisième jour à la flambée de l'immobilier que le sort de cette femme va s'améliorer. Au contraire. Ce qui amène à...

  • La troisième, la plus noire mais peut-être la plus pragmatique : d'accord, cette décision est révoltante et Libé et tous les autres ont raison de s'en émouvoir. Bien. Et après? Si on les comprend bien il faut faire en sorte qu'un juge ne puisse plus intégrer dans le droit français le principe de la répudiation. Sur le fond on est d'accord, mais dans la pratique, Libé souhaite donc que cette femme, si elle est victime du pire machisme intégriste, ne puisse pas se libérer de ce type, même si ce n'est malheureusement que grâce à une initiative de son mari (et que ça n'a rien de satisfaisant)? Le problème de religion qui est derrière cette histoire doit se traiter de beaucoup plus loin et ne se résoudra pas en un article de loi qui au contraire révoltera les plus fanatiques et rendra la vie des femmes encore plus insupportable.

Ce qui m'agace beaucoup dans cette histoire en fait, c'est surtout le côté sûr de son bon droit, intégriste du politiquement correct, doublé d'un recul et d'une analyse totalement nulle des journalistes, et de Libé en particulier. Et après la tempête médiatique, où en sera cette femme? De la même manière, et après la tempête médiatique, où en est le Tibet? Les journalistes sont passés à autre chose (avec la bonne conscience du devoir accompli). Les bourreaux peuvent tranquillement se venger de ce qu'ils ont "subi". Ils ne manquent pas de persévérance, eux.